Discours de notre « élu »

Discours de notre « élu » lors de la pose symbolique de la première pierre.

Mes très chers citoyens
Mes citoyens très chers

C’est avec émotion, c’est avec joie et sans fausse modestie,
c’est avec votre argent,
c’est enfin avec des larmes de vertige et de transpiration,
de vraies larmes d’élu multirécidiviste et pluri-mandaté,
que je vous ai conviés à cette estivale cérémonie.

Oui, j’ai versé une larme.
Que dis-je une larme? Plusieurs larmes, oui plusieurs larmes! Tant me tient à cœur ce formidable projet.
Pourquoi de vertige? Pourquoi de transpiration?
Bah! Laissons-là mon quotidien besogneux et peu enviable. Laissons-le là. Laissez-le-moi. Encore … disons… 6 ans?

Parlons plutôt béton.
Mes citoyens très chers, mes très onéreux citoyens, vous m’aviez, il y a quelques temps, interpellé :
« Eh! Que faites-vous pour nos jeunes qui grandissent dans nos escaliers d’immeubles ? Qui vivent dans nos appartements ? Dans notre beau quartier Saint-Bruno ? Qui rôdent parmi nos rues ? Dans nos rayons de supérette ? Ces jeunes qui sont allés apprendre à lire, à faire leur calcul mental à deux pas de la supérette ? Dans ces établissements où l’on apprend la lecture, les fleuves et ce genre de choses ? Que faites-vous, Monsieur l’élu ? »

Oui vous m’avez interpellé.
Et je vous ai écouté.
Oh! Pas tout de suite! Je me suis dit d’abord :
Nos jeunes? Mais laissons les apprendre ! La lecture c’est formidable ! C’est très utile dans la supérette du quartier et bien sûr aussi dans les supérettes des autres quartiers. La syntaxe y est la même; le théorème de Thalès est le même à Saint-Bruno, aux Eaux-Claires ou à Saint-Martin-le-Vinoux ! Non ?
Et je me suis remis à réfléchir à mon prochain éco-quartier, et je vous ai oubliés.

Mais vous m’avez rappelé, vous avez insisté. Vous m’avez dit : « le béton c’est bien ! » (Est-ce bien vous qui m’avez dit ça ?)
« Bien le béton, très bien ! Mais qui dit béton, dit fatalement appartement, cage d’escalier, et finalement supérette! Et qui dit supérette supplémentaire dit jeune supplémentaire !
Avez-vous pensé à rajouter de ces établissements où l’on apprend les fleuves ? »
Quelle belle démonstration vous m’avez faite.

Bien sûr, j’y avais pensé. J’avais prévu.
Mais prévoir n’est pas pourvoir, citoyens ! Prévoir n’est pas devoir.
Nous avons d’autres paramètres à contrôler, que vous ne connaissez pas.
Nous avons des règles, savez-vous ? Des règles pour la prise de décision, qui échappent à votre entendement. La démocratie n’est pas tout, il faut bien décider. Et décider, c’est désirer. Décider c’est des idées… décider c’est …
Nous pouvons construire des piscines, des pistes cyclables, des déchetteries, des stades, des dispensaires, des jeux olympiques, des salles de spectacle, des centres commerciaux et bien d’autres objets de verre, de bois et de béton.
Nous sommes de grands pourvoyeurs d’objets urbains.
Mais pas tout, tout de suite !

Cette année, vous êtes sur le podium de la foire à la décision 2013.
Juste derrière la nouvelle piste olympique de curling et la prochaine autoroute du Trièves.
Mais devant, loin devant le projet de médiathèque et le nouveau centre de loisirs. La médiathèque pourra tenter de nouveau sa chance au second semestre 2016, lorsque notre budget et l’agenda électoral le permettront.

C’est donc bercé de cette fameuse émotion estivale que je vous ai conviés à assister à la pose symbolique de la première pierre d’un nouvel édifice.
Mes très chers citoyens, votre quartier va bénéficier d’un second établissement du second degré.
Vont donc pouvoir s’y déverser les jeunes issus de nos nombreux programmes immobiliers, qui ont déjà commencé d’apprendre leurs tables de multiplication ici et là. Cette belle construction sera un haut lieu du calcul mental et de la géographie, et autres utilités. Elle sera la fierté de générations entières de jeunes, qui pourront dire: « Ce sont nos parents, qui ont arraché de haute lutte ces nouveaux bâtiments. Ainsi nous connaissons les régions et les fleuves. » Et moi je dirai à mes petits-enfants : « Cette année-là, ils ont crié plus fort que pour la médiathèque. Mais moins fort que la société d’autoroute. Ils ont quand même mérité, de justesse, leurs mètres-cube de béton. »

Cette pierre va être scellée ici même.
C’est le terrain libre le plus propice que nous avons trouvé. Le seul dont les promoteurs n’ont pas voulu.
Certes, il est un peu exigu, et proche de l’établissement voisin. Mais il faut voir les aspects pratiques: la poste, le tram, la supérette, les marchés du matin et du soir de la place Saint-Bruno, fourniront à nos chers collégiens tout ce dont ils auront besoin au quotidien.

Vous en avez de la chance! N’oubliez pas de remercier vos chers élus: vous savez bien comment!

Encore merci à Jérôme pour avoir tenu le rôle.

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