« Pendant que les promoteurs construisent, les écoles poussent les murs » – Journal Union de Quartier, février 2014

Le journal de l’Union de Quartier Berriat, Saint-Bruno, Europole, publie dans son édition de février 2014 un article concernant les écoles et écrit par un membre du collectif.

Vos voisins attendent un enfant ? Prévenez-les : leur bambin n’aura pas de place dans l’école de leur secteur. Ou alors, dans des conditions difficiles.

A la rentrée 2013, plus d’une classe du quartier affichait complet. La rentrée prochaine promet d’être pire. Dans ces cas-là, les enfants surnuméraires sont envoyés, telles des patates chaudes, vers un autre groupe scolaire, plus éloigné de leur domicile.

Mais ce jeu-là ne peut pas durer longtemps, à moins de saturer toutes les écoles d’un quartier. Aujourd’hui presque toutes les maternelles de Berriat-St-Bruno plafonnent à 30 ou 32 enfants par classe, pour 2 adultes, parfois un seul. Quant aux écoles élémentaires, « elles deviennent des usines », indique une institutrice d’Anthoard (400 enfants, 15 classes, bientôt 17). « Ce ne sont plus des écoles à taille humaine ».

Restent alors les solutions cache-misère. On bricole des nouvelles classes dans des écoles déjà surpeuplées. On pose des préfabriqués dans la cour, on aménage des classes dans des salles de bibliothèque ou de motricité. On rogne ainsi sur des espaces de respiration qui sont pourtant vitaux pour limiter la fatigue et les tensions. Dans les cantines, qui deviennent trop exiguës, les repas sont fractionnés en 2 services pour faire alterner les pensionnaires devant les tables. Pour beaucoup d’enfants, le bruit et la cohue qui y règnent sont un moment de stress au coeur de la journée.

« Nous sommes serrés comme des sardines ! » alertait déjà en 2009 une banderole sur l’école Chorier. En dix ans, la fréquentation des écoles du secteur a augmenté de 600 élèves (1). Cet afflux, qui n’est pas prêt de se tarir, aurait déjà rempli au moins deux nouveaux groupes scolaires de taille raisonnable. Et pourtant, c’est seulement en juin dernier, et sous la pression des habitant.e.s, que la mairie a annoncé « étudier la possibilité de création d’une nouvelle école sur l’axe Berriat-Ampère » (2). L’aboutissement de cette « réflexion » est censé être rendu public ces jours-ci. Le projet sera-t-il à la hauteur de l’urgence de la situation ? Se révèlera-t-il plus consistant qu’une promesse électorale ?

La coûteuse réforme des rythmes scolaires, que la mairie brandit ces derniers mois pour preuve de sa bonne volonté dans le champ éducatif, ne s’attaque pas aux problèmes de fond des écoles publiques : les sureffectifs, le manque de personnel et le manque de locaux. Des problèmes d’autant plus criants dans un quartier en pleine densification, comme l’a souligné le collectif « Collège de proximité » : quand ce ne sont pas les places à l’école qui manquent, ce sont les places en crèche, au collège ou en centre de loisirs (3). La roue des affaires immobilières tourne à plein régime, tandis que les équipements socio-éducatifs ont un éternel train de retard.

La mairie se targue d’associer les parents aux réflexions sur ce qui permettra au train de retard de continuer à rouler sans trop de remous. Mais quand remettrons-nous les priorités à l’endroit ? Ce qui compte, ce sont les conditions de vie des habitants. Entre autres, les conditions de travail, d’apprentissage et d’épanouissement des élèves et du personnel des écoles. Et non le porte-feuille des investisseurs immobiliers.

Notes :
1 : Chiffres issus d’une enquête du collectif « Écoles et Collège de proximité »
2 : Grenoble City Local News, 20 juin 2013
3 : Cf. Lettre ouverte à M. le Maire de Grenoble pour des établissements scolaires et des structures éducatives de proximité, juin 2013

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