La mixité sociale, une valeur à géométrie variable

Préambule

Cet article fait suite à la proposition de tribune offerte par Go citoyenneté concernant l’article de Paul Bron suggérant qu’une des priorités du prochain mandat du Conseil Général serait de déplacer le collège Lucie Aubrac vers la ZAC Flaubert pour des raisons de mixité sociale.

Disons le d’emblée, nous ne nous prononcerons pas sur le point de vue défendu dans cet article.

D’abord, parce qu’en tant que collectif local de parents d’élèves, nous pensons qu’il appartient à la communauté éducative concernée par cette proposition d’en débattre.

Ensuite parce que nous ne sommes pas un parti politique et que nous n’avons donc pas vocation à nous prononcer sur des enjeux de société qui dépassent les objectifs de notre collectif.

Cependant, nous nous sommes sentis pleinement concernés par cet article pour au moins deux raisons :

  • La première est que nous avions été surpris par le fait que l’ancien adjoint à l’éducation de Grenoble ne soulevait pas la problématique de sur-effectifs à venir au niveau des collèges du nord de la Ville comme un enjeu majeur de la prochaine assemblée départementale.
  • La seconde est que Paul Bron avait alors fait l’impasse sur la Cité Scolaire Internationale dans sa réflexion relative à la mixité sociale au niveau de la Ville ; impasse dont nous avons fait part de notre étonnement par réseau social interposé.

Depuis une tribune est parue sur le site de Go Citoyenneté; tribune dans laquelle, Paul Bron a le mérite de poser les bonnes questions sur ces sujets sans toujours se risquer à y répondre.

Problématique et choix politique

Le sur-effectif à venir au niveau des collèges du nord de Grenoble est une réalité intangible. Les derniers chiffres officiels fournis par le Conseil Général de l’Isère font état d’au moins 450 élèves surnuméraires par rapport aux capacités d’accueil des collèges Fantin-Latour, Stendhal et Champollion à l’horizon 2020.

Face à notre demande de création d’ un collège pour répondre à ce besoin, le Conseil Général nous a signifié son refus au motif qu’il y avait de nombreuses places disponibles dans l’agglomération et dans la ville. Christine Crifo, l’élue de notre canton, et Gisèle Perez avant elle, ont également avancé comme argument que cela permettrait de faire de la mixité sociale.

Ce dernier motif nous a interpellé et nous a donc conduit à analyser cet aspect des choses.

A Grenoble, la mixité sociale… sauf pour les plus privilégiés ?

 Dessin

Il ressort que notre collège de secteur, à savoir Fantin Latour, accueille 27,3% d’élèves boursiers contre 19,8% au niveau de l’Académie. Le taux de réussite au Brevet se situe en dessous de la moyenne académique (84,93% contre 89,08%). Dire qu’il s’agisse d’un établissement particulièrement favorisé nous semble donc un argument infondé.

Cela étant, il y a également dans notre quartier un autre établissement scolaire du second degré appelé Cité Scolaire Internationale (CSI). Or les données fournies par l’Education Nationale concernant cet établissement démontrent que la mixité sociale y est quasiment absente alors que le taux de réussite frôle les 100% et le taux de mention les 84% (contre 48,4% pour Fantin Latour) permettant à cet établissement de rivaliser avec les « meilleurs » collèges privés de d’académie.

L’attrait pour cet établissement et les critères de sélection sont tels que, pour la section d’anglais, par exemple, seul un élève sur cinquante est accepté. In fine, 62% de ces élèves ont des parents de profession libérale (contre 21,5% au niveau de l’Académie) sans doute du fait de la reproduction des élites soulignés par le rapport PISA.

Pour des raisons d’équité entre les enfants, nous avons donc demandé à ce que la mixité sociale soit prise en compte au niveau de cet établissement public qui héberge également l’American School of Grenoble en ses murs, collège privé dont le prix pour y accéder est de 4000 euros par an, hors options.

Autant dire que l’argumentaire de notre élue est inaudible surtout qu’à l’instar de tous les élus socialistes grenoblois du Conseil Général, elle s’est opposée à l’ouverture de la CSI pour privilégier le rayonnement international de Grenoble si cher à Michel Destot.

Même refus d’ouverture au niveau de l’Académie où, soit disant pour des problèmes de spécificité pédagogique, la CSI doit rester dans un seul bâtiment quand bien même 10% seulement des inscrits sont concernés par les accords qui ont conduit à la création de cet établissement.

Nous n’avons d’ailleurs toujours pas compris pourquoi, alors que dans l’Académie d’Aix-Marseille, par exemple, les sections internationales sont réparties dans des collèges de plusieurs villes, il n’est pas possible de faire la même chose au niveau de notre ville voire de la métro. Surtout que des sections internationales ont été créées dernièrement au lycée Argouges.

Peut-être que le fait que le Recteur de l’Académie de l’Isère, Gérard Filatre, soit un ancien conseiller de cabinet de Geneviève Fioraso qui considère elle-même la CSI comme faisant parti de l’écosystème grenoblois n’aide-t-il pas à envisager d’autres pistes ?

Un choix contre productif ?

Ceci posé, nous ne sommes pas dupes non plus de nous-mêmes. Les parents font en sorte d’offrir le meilleur à leurs enfants. Or, les mieux renseignés sont certainement les plus privilégiés.

C’est pourquoi, en proposant d’envoyer nos enfants en périphérie de la Ville, l’effet escompté pourrait être à l’opposé de celui imaginé par les élus.

En effet, il serait surprenant que les parents qui le peuvent ne choisissent pas une option permettant à leur enfant d’accéder à un établissement public soit disant meilleur sur le “marché scolaire grenoblois” ou qu’ils n’inscrivent pas leur enfant dans un établissement privé, ne serait-ce que pour leur épargner jusqu’à 1h30 de trajet quotidien pour certains.

Ainsi, la mixité sociale se nivellera par le bas dans les collèges publics grenoblois tandis que les établissements les mieux côtés attireront encore plus d’enfants de familles privilégiées.

En faisant ce choix, la majorité socialiste du Conseil Général se rend-elle compte qu’elle privilégie le privé au détriment du public, les familles aisées au détriment des autres bien loin des valeurs affichées par la majorité actuelle ?

Par ailleurs, les critères d’ouverture de places pour chaque section internationale est illisible et provoque des situations aberrantes pour les enfants qui doivent s’y engager dès le CP. Ainsi, cette année deux élèves de la section de portugais d’Anthoard ont été refusés à la CSI et il leur est impossible de poursuivre cette langue vivante dans un collège de l’agglomération. Cette absence de continuité pédagogique est inacceptable.

Pourquoi, alors, ne pas répartir les sections internationales dans différents établissements du secondaire comme cela se fait dans le primaire afin de répartir au mieux les options dans la Ville ?Cela permettrait d’assurer également la continuité entre le CM2 et la sixième prévue par la loi, tout en respectant les accords internationaux.

Par ailleurs, nous imaginons difficilement comment des conseils écoles-collège vont pouvoir se mettre en place quand le Conseil Général prévoit d’envoyer certains enfants d’une même école vers 3 collèges différents ainsi que cela a été suggéré.

Un choix non assumé par des élus locaux de la majorité

Face à cet argumentaire vicié dénoncé avec force par la FCPE de l’Isère, qui a indiqué que l’absence de mixité sociale à la CSI était contraire à ses valeurs, la majorité locale et départementale s’est fissurée.

A commencer par la voix de Paul Bron, bientôt rejointe par celle du Vice-président du Conseil Général de l’Isère en charge des collèges, André Colomb Bouvard.

Battu lors des dernières municipales, l’ancien adjoint à l’éducation de la Ville de Grenoble ayant retrouvé (momentanément ?) sa liberté de parole, a en effet rapidement reconnu publiquement via les réseaux sociaux qu’il était favorable à l’ouverture de la CSI pour des raisons évidentes de mixité sociale.

De même, André Colomb Bouvard, chargé de conduire la concertation de la nouvelle carte scolaire a indiqué lors du congrès FCPE qu’il était favorable -à titre personnel- à l’ouverture de la CSI pour les mêmes motifs et peut-être aussi parce que c’est une solution équitable qui a le mérite de ne rien coûter aux contribuables isérois contrairement au choix proposé.

Le 20 janvier dernier encore,  lors la réunion sur la carte scolaire au niveau du département en présence de la FCPE et de la PEEP, André Colomb Bouvard aurait à nouveau mis en avant cette solution sans préciser toutefois si il s’agissait de sa position personnelle ou celle de l’exécutif.

A priori, le vice-président s’est encore risqué à proposer cette solution puisque, suite à notre demande de confirmation, il a répondu “habilement” que ce sujet n’était pas à l’ordre du jour de la réunion.

Ce n’est donc pas la position officielle de l’exécutif départemental qui s’est en réalité aligné sur la position de l’exécutif “départemental PS de la ville de Grenoble” , toujours d’après André Colomb Bouvard.

La nouvelle majorité municipale a déclaré de son côté qu’aucune piste de réflexion ne devait être taboue.

Un choix local contraire aux orientations gouvernementales

Un des paradoxes -et non des moindres- de ce choix des élus socialistes de Grenoble est qu’il va l’encontre des valeurs défendues par l’actuelle ministre de l’Education Nationale.

Suite aux attentats du début de l’année, Najat Valaud Belkacem entend en effet faire de la mixité sociale active dans les collèges pour lutter contre les inégalités.

Comment justifier alors la position des élus socialistes grenoblois, qui sont très bien représentés dans son ministère en la personne de son conseiller politique Olivier Noblecourt mais aussi et surtout de Geneviève Fioraso secrétaire d’état à l’enseignement supérieur et à la recherche.

Rappelons que Olivier Noblecourt et Geneviève Fioraso ont été des proches collaborateurs de notre ancien Maire, Michel Destot, pour qui la “Cité Scolaire Internationnale” est une de ses plus  grandes fiertés. Mais également Jérôme Safar, premier adjoint pendant le dernier mandat, qui,à la question « Pouvez vous me donner un exemple de réalisation de Michel Destot que vous n’aurez pas faîte ?«  posée par Gremuni.fr lors de la campagne des municipales, avait répondu : « Je n’aurai pas eu le courage qu’il a eu de faire la Cité Scolaire Internationale« .

Les élus socialistes grenoblois auront-ils le courage de la remettre en question cette position afin d’être en accord avec les valeurs défendues par leur ministre ou maintiendront-ils cette position incohérente et inéquitable ?

Un choix très pénalisant pour nos enfants et l’agglomération

L’option retenue à ce jour qui consiste à transporter 450 élèves dans l’agglomération grenobloise a un coût et nos enfants vont le payer au prix fort.

D’abord, en terme de qualité de vie, puisqu’au lieu d’aller à pied ou en vélo au collège, certains élèves, comme ceux du nouveau quartier du Clos des Fleurs pourraient, selon nos calculs, avoir jusqu’à 1h30 de trajet aller-retour quotidien en transport en commun. Ils seront de ce fait, très éloignés de ce qui fait la vie sociale de leur quartier.

Ensuite, en terme de santé publique, ces nouveaux déplacement engendreront d’avantage de pollution n’arrangeront rien aux problèmes de circulation dans l’agglomération.

De même, en terme de vie scolaire, ils auront moins de temps pour faire leurs devoirs et il sera difficile à leurs parents de se déplacer pour rencontrer les professeurs mais aussi de s’inscrire en tant que parents d’élèves surtout si ces derniers travaillent de l’autre côté de la ville.

Enfin, en terme de coût financier pour la métro, le Conseil Général s’étant désengagé faut-il le rappeler à hauteur de 12 M€ du financement de la SMTC.

Sans doute que certains parents se demanderont si tous ces inconvénients ne remettront pas en cause leur choix de vie… du moins pour ceux qui en ont les moyens. Cela influencera-t-il leur vote ?

Conclusion

Depuis le début de notre mobilisation, nous nous sommes évertués à retourner les arguments de nos élus sous la forme d’un miroir parfois grossissant mais rarement déformant.

Qualifiés d’inutiles alarmistes au départ par certains élus, nos questionnements et notre argumentaire ont peu à peu été repris par des élus de tous bords. Ceci est selon nous la preuve que nous posons les bonnes questions et peut-être aussi, que nous formulons des propositions cohérentes. En tout cas, nous le croyons.

Notre volonté première est donc qu’un collège soit créé sur le secteur pour que nos enfants aillent avec les copains de leur quartier où la mixité sociale existe du fait de son histoire populaire mais également de la construction récente de nombreux logements dont une proportion appréciable d’appartements sociaux.

Et si cela n’est pas possible pour des raisons de contraintes budgétaires, nous souhaitons que soit ouverte la CSI aux collégiens du quartier pour des raisons d’équité entre les enfants même si ceci implique de répartir les sections internationales à travers la ville voire la métropole.

Qui sommes nous ?

Nous sommes un collectif de citoyens et parents d’élèves, principalement du secteur 1 de Grenoble. Nous sommes des parents d’élèves dont beaucoup sont élus dans les instances représentatives (conseil d’écoles, conseil de section internationale, conseil d’administration de collège et fédération de parents d’élèves) des groupes scolaires Ampère, Anthoard, Nicolas Chorier, Jean Jaurès, Jean Macé et Joseph Vallier, et du collège Fantin Latour impliqués dans les questions d’éducation.

 

Notre mobilisation est citoyenne et apolitique.

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